D'étranges retrouvailles [libre]

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D'étranges retrouvailles [libre]

Message par Nolan Blythe le Sam 17 Avr 2010 - 17:26

Dans le vieux port de Munduce, il y avait une statue du dieu Sigmar qui le représentait comme l’imagine le peuple – grand, barbu, le regard de pierre fixé sur l’océan comme s’il veillait sur les navires en partance. Elle était déjà vieille et couverte de lichen ; c’est pourquoi l’on ne remarquait pas la fente qui avait été pratiquée dans son socle, et où, très tard le soir ou très tôt le matin, des silhouettes furtives déposaient des messages.
C’était ce qu’on appelle une boîte aux lettres morte ; elle appartenait aux services secrets du Duce. Et Nolan, qui s’en approchait par un beau soir de mai, oui, Nolan, qui prenait l’air nonchalant d’un citadin en pleine promenade digestive — ce vieux comédien de Nolan le savait parfaitement.
Pendant un moment, il erra çà et là, feignant d’admirer les bateaux et les quais. Puis, comme ses pas l’amenaient de plus en plus près de la statue, il finit par s’asseoir sur son socle. Alors, après s’être assuré qu’on ne le voyait pas, il en tira une liasse de parchemins froissés qu’il glissa aussitôt dans sa poche, et repartit comme si de rien n’était.
Ce n’est que revenu chez lui, les rideaux tirés et la porte fermée à double tour, qu’il lut le message.

« N.,

Sachez que D. apprécie beaucoup vos services & veut vous en récompenser.
Vous trouverez ci-jointes les coordonnées de ‘l’ami’ qui vous a vendu il y a cinq ans. Il ne travaille plus pour les autorités, et détient des informations qui pourraient nous être gênantes à terme. Vous pouvez le confronter de la façon que vous souhaitez.

Cordialement,

H.
»

Nolan éclata de rire.
Ce qui était certain, c’était que son patron savait faire un cadeau ! D’ailleurs, ça arrangeait tout le monde : les Renseignements se débarrassaient d’un indic encombrant, et Nolan prenait enfin sa vengeance. On n’aurait pu mieux faire.
Quand on y pensait, c’était même un peu trop parfait – mais à cheval donné, on ne regarde pas les dents. Ce qui comptait pour Blythe, c’était de pouvoir mettre le cachot derrière soi, en enterrant celui qui en avait été responsable.

Cette nuit-là, il dormit bien. Et quand vint le matin, il se prépara à partir en guerre.
Il commença par annoncer au marchand auprès de qui il espionnait qu’il prenait une semaine de congé. Au début, le gros homme protesta, objecta que Nolan lui était précieux ; mais celui-ci s’inventa un parent qui venait de mourir, et le marchand, qui n’était pas un mauvais bougre, le laissa partir.
Puis il alla chercher son vieux sabre de cavalerie dans le garde-meuble où il l’avait laissé, avec sa cotte de mailles et ses bottes. Ce n’est que vers midi, en déjeunant d’une galette de mil, qu’il prit précisément connaissance de l’affaire.
Il comprit alors pourquoi on la lui confiait à lui, plutôt qu’à n’importe quel assassin : l’indic, qui se faisait maintenant appeler Absalom, habitait à la frontière des terres elfiques. Dès qu’il eût vu les tueurs arriver, il se serait réfugié en territoire étranger – et aller l’y chercher aurait créé des difficultés diplomatiques sans fin. Il fallait s’y prendre avec tact, avec discrétion ; heureusement, Nolan avait l’habitude de ce genre de choses.
Tandis qu’il ouvrait la fenêtre pour laisser rentrer l’air printanier, un plan commença à mûrir dans son esprit. Il devait apaiser la méfiance éventuelle d’Absalom, le faire se sentir en confiance ; et pour cela, il fallait un rôle qui n’exciterait pas la curiosité du voisinage, un rôle qui paraîtrait banal à ceux qu’il croiserait sur la route. Ses yeux glissèrent de la fenêtre au lit, puis du lit au bureau, avant de tomber sur les évangiles de Sigmar qu’Anselme lui avait offertes. — Un moine errant ! pensa-t-il soudain. Il n’avait qu’à se déguiser en moine errant ! Il irait frapper chez Absalom, soi-disant pour demander l’aumône – et lui règlerait alors son compte.
Il consacra les deux heures suivantes à trouver une robe brune à sa taille et une mule suffisamment miteuse pour ne pas attirer l’attention, et partit l’après-midi même.

Le trajet fut superbe. Le temps était dégagé, une brise fraîche agitait les buissons d’aubépine piqués de bouton blancs, et dans les prairies des veaux faisaient leurs premiers pas sur des pattes encore tremblantes. Mais la route était aussi bordée d’érables rouges, dont les fleurs couleur de sang rappelaient à Nolan la tâche qui l’attendait.
Le village où vivait Absalom, avec ses masures couleur crème à grands toits de chaux, avait l’air dans la lumière du couchant d’une enluminure, d’une illustration de livre de contes qui aurait pris vie comme par enchantement.
Nolan mit pied à terre, et demanda à une très vieille femme appuyée sur une bêche si elle savait où habitait Absalom. Pendant un moment, le visage incroyablement ridé de la paysanne n’exprima rien de plus que s’il avait était fait de cuir ou de peau momifiée. Nolan répéta sa question un peu plus fort, penché vers son oreille. Enfin, une lueur de compréhension sembla briller dans son regard, et elle pointa un doigt tremblant dans la direction du clocher.
Regardant autour de lui, Nolan vit que les autres paysans étaient encore aux champs, ou déjà rentrés chez eux ; il ne voulut pas aller frapper chez quelqu’un pour demander son chemin, de peur de paraître suspect. Après avoir vérifié que son sabre et sa cotte de mailles étaient toujours cachés sous sa robe, il partit donc dans la direction indiquée par la vieille.
Il évita soigneusement l’église, de peur d’être confronté par un vrai prêtre de Sigmar, et arriva dans un cimetière dont les tombes étaient tellement nombreuses que les stèles se chevauchaient presque – tantôt alignées dans des sortes d’allées, tantôt jetées anarchiquement les unes à côté des autres, les unes neuves, les autres séculaires. La tombe la plus fraîche et la plus proche de l’entrée attira le regard de Nolan. Il y lut :

« Ci-gît Absalom, fils de Maaca. »

Ainsi que les vers suivants, sans doute choisis par le défunt dans son testament :

« Frères humains qui après nous vivez
N'ayez les cœurs contre nous endurcis,
Car si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous merci.
» (1)

Comme possédé par son personnage, Nolan se signa et dit une courte prière.
La tombe était peut-être une ruse – mais quelque chose disait à l’espion que la route était bien finie, que dans ce cimetière de village un chapitre de sa vie se fermait enfin.

Bizarrement, il n’éprouvait aucune joie.

(1) François Villon, « Ballade des pendus » (1489)

Spoiler:
Premier RP de la semaine, +10 PV et un grand cappuccino SVP
Yuke: Voici ^^ Autre chose? =P Très bien écrit. Continue comme ça!
validations:
Edit Nath: +22 Capaz valables lors de la mise à jour des Caractéristiques (notées sur le profil)


Dernière édition par Nathrae le Ven 7 Jan 2011 - 22:36, édité 4 fois (Raison : This parenthesis was cramping my style 8))

Nolan Blythe

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Re: D'étranges retrouvailles [libre]

Message par Nolan Blythe le Mar 4 Mai 2010 - 14:37

« Vous le connaissiez, mon père ? »

Nolan sursauta, et se retourna hâtivement.

Celle qui l’avait interpellé était une femme d’une quarantaine d’année, vêtue de noir, avec un long visage en fer de lance et des cheveux prématurément gris. Elle portait à la main un bouquet de chrysanthèmes.

Il ne fallait pas être devin pour y voir la veuve d’Absalom.

« J’ai travaillé avec lui, autrefois. »

Elle eut un sourire triste et se présenta.

Son nom était Alia, et elle avait été mariée à Absalom pendant les huit dernières années de sa vie – peu après qu’il eût trahi Nolan.

Il était mort l’hiver dernier, de phtisie, expliqua-t-elle. On l’avait enterré dans son village d’adoption, selon ses vœux, et de nombreux voisins avaient suivi la procession, quoi qu’ils ne l’eussent pas connu longtemps.

Nolan s’abstint de tout commentaire, mais n’en pensa pas moins. Alia déposa ses fleurs sur la tombe, et ils s’en allèrent côte à côte dans les rues inégalement pavées du village.

« La nuit va tomber, dit-elle. Voulez-vous dîner chez moi ?
- Je ne voudrais pas m’imposer.
- C’est le moins que je puisse faire pour un ancien ami d’Absalom. »

La maison avait un ruban noir cloué à la porte, selon la coutume ; elle n’était pas grande, mais propre, et ses murs blanchis à la chaux dégageaient une agréable impression de fraîcheur. Au milieu de la pièce principale, près d’un âtre refroidi, un enfant de quatre ou cinq ans était assis.

Il regarda Nolan avec des yeux farouches – de grands yeux gris semblables à ceux de son père, pour autant que l’espion pouvait s’en souvenir – et s’enfuit dans une chambre.

Alia eut un geste d’excuse.

« Il est un peu sauvage, ces temps-ci.
- C’est compréhensible. »

En s’asseyant, Nolan ne put empêcher son sabre de saillir sous la robe de bure – et ce détail n’échappa pas à Alia. Ils se dévisagèrent quelques minutes sans rien dire, jusqu’à ce qu’elle se décidât à poser la question qui la démangeait.

« Vous n’êtes pas vraiment moine, n’est-ce pas ?
- Pas vraiment. »

Elle soupira.

« Je sais très bien qu’Absalom avait des occupations douteuses quand il vivait à Munduce. Mais ces dernières années, il a mené une vie honnête. Ne venez pas salir sa mémoire – pas maintenant.
- Je n’en avais pas l’intention. Je venais… je venais en souvenir du bon vieux temps. »

Nolan était presque sincère : maintenant qu’Absalom était mort, et ses secrets sans doute enfouis dans sa tombe, il n’avait pas vraiment de raison de poursuivre cette enquête. Nuire à cette veuve et à cet orphelin, malgré l’amoralité qu’il proclamait, l’aurait mis assez mal à l’aise, et il avait hâte de laisser une fois pour toutes cette affaire derrière lui.

Le reste du repas se passa en silence, mais sans tension. Nolan, après le brouhaha des villes, trouvait reposant de n’entendre que le cliquetis des couverts en bois, l’appel lointain des laboureurs revenant des champs, et le hululement intermittent des chouettes en chasse ; après la vaisselle d’argent des marchands, le contact de l’étain et du bois dans lesquels il mangeait avait quelque chose de plus réel, de plus authentique.

Quand ils eurent fini, Nolan affirma qu’il devait repartir au plus tôt, et Alia ne le retint pas malgré l’heure tardive. Il s’en alla sans éclat ; il détacha simplement sa mule, fit un vague signe de la main, et s’enfonça dans l’obscurité, l’esprit plein de pensées confuses.

D’une certaine façon, cette mort avait rédimé Absalom aux yeux de Nolan ; il ne ressentait plus vraiment de haine ou d’animosité à son égard. Pourquoi en aurait-il voulu à un mort ?

Sa volonté de refaire une autre vie ailleurs – et une vie honnête, qui plus est – le rendait presque sympathique, comme s’il avait voulu effacer par cette droiture tardive ses fautes passées. Pendant ces dernières années, il s’était marié, avait eu un enfant ; en comparaison, la vie de Nolan paraissait vide, agitée, vaine. Peut-être avait-il simplement besoin d’un peu de repos – d’un peu de réflexion.

Mais il était trop tard pour rentrer, et il passa le reste de la nuit avec une caravane de gitans de passage dans le village. C’était une nuit claire et tiède, et sous la multitude étincelante des étoiles il se sentait plus enclin au pardon que jamais.

Couché dans l’obscurité, non loin du feu de camp, Nolan se demandait si on le pleurerait quand il mourrait enfin, si des gens suivraient son cortège funéraire, si une veuve éplorée viendrait déposer sur sa tombe solitaire un bouquet de chrysanthèmes – et il pensait qu’il n’était peut-être pas trop tard pour se réformer, pour partir loin de la capitale et mener une existence honnête et sans émoi, dans n’importe quel hameau perdu.

Il ne put s’empêcher de rire à cette idée ; il aimait bien trop l’agitation et le mystère de son métier pour jamais se faire à une vie aussi monotone. Quoi qu’il en pensât, il avait l’espionnage dans le sang, sous la peau, dans chaque cellule de son corps.

Il ne travaillait pas par dévotion au Duce, par souci de justice, par haine contre les marchands – pas plus que pour le confort, pour la gloire ou pour la richesse. Il faisait ce métier parce qu’aucun autre ne pouvait plus lui convenir, parce qu’il avait passé tant de temps à jouer la comédie qu’il n’était plus bien sûr de ce que ‘sincère’ voulait dire. Il ne se sentait bien que sans cesse en danger, sans cesse sur le point d’être découvert et sans cesse dissimulé ; ce masque qu’il portait était devenu son vrai visage.

Spoiler:
Premier RP de la semaine, +10 PV please. Mon dieu, ça fait déjà deux semaines?
validations:
Edit Nath: +18 Capaz valables lors de la mise à jour des Caractéristiques (notées sur le profil)
Et je te somme de poursuivre ce RP !


Dernière édition par Nathrae le Ven 7 Jan 2011 - 22:39, édité 2 fois (Raison : Répétition :()

Nolan Blythe

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