Le Bateleur, Prologue - "Gantée de Noir"

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Le Bateleur, Prologue - "Gantée de Noir"

Message par La Geste de Veljaia le Dim 27 Nov 2011 - 9:13



- Alors, c’est à toi, ça… ? Et qu’est-ce que tu comptais faire avec, embrocher un honnête négociant… ?

Un sifflement métallique. Une rapière est tirée de sa gaine de cuir. Un homme émerge à la lisière des ténèbres, une affreuse grimace sur sa figure boursoufflée. La jeune captive tire sur la longe qui lui maintient les mains attachées, à laquelle elle est suspendue contre le mur de pierre glacé. La pointe de ses pieds effleure à peine le sol, la posture lui est douloureuse, ses bras et épaules hurlent leur souffrance, mais à force, elle ne les entend plus. La peur et l’horreur la tenaillent, pourtant, impossible de crier avec ce bâillon qui lui meurtrit les lèvres. Ses pupilles se dilatent comme le bourreau offre son visage à la lumière.

Des plaies boursoufflées et suppurantes quadrillent la face de son tourmenteur. Elles n’auront jamais vraiment réussi à cicatriser, et toujours exsudent d’un pus faiblement jaunâtre, traçant d’affreux sillons ruisselants sur son nez, ses lèvres et ses joues. Les blessures lui ont été infligées avec une méthodique horreur, dessinant de la pointe d’une lame rouillée une série de lignes parallèles, suivies d’un même nombre exact de colonnes. Le martyre lui a dévoré l’esprit, et ses yeux exorbités paraissent sourire en permanence…
La jeune femme qui les croise, détourne le regard. Mais guère longtemps. Une souffrance aigüe lui perfore la cuisse. Gesticulant avec fureur et impuissance, ses hurlements meurent contre le bâillon. La lumière des bougies danse sur le reflet de la lame, lame qui tourne, tourne et tourne encore…

- Allons… allons… Dit doucement le bourreau. Ne t’agite pas comme ça. Ça ne fait que commencer…


La vague de nausées bouta le Souveneur hors de sa torpeur. Des images délavées, fantomatiques, défilaient en surimpression sous ses paupières closes. Anduin voulut porter les mains à ses tempes, les malaxer et en étouffer la douleur, sans succès. Ses poignets demeurèrent solidement entravés. Une corde de chanvre le maintenait contre le mur, lui coupant la circulation et entamant sa chair. Hagard, ses yeux s’ouvrirent sur la semi-pénombre. Il respirait fort, chassant laborieusement l’inconfort et l’écœurement procurés par l’absorption d’essences de mémoire.

Où était-il ? Par quel biais lui parvenaient les souvenirs ? Le mercenaire, pris de panique, se débattait vainement, le souffle coupé et le cœur prêt à exploser. Il fallait qu’il sorte d’ici, vite, le focus le rendait fou. La scène de torture continuait à se jouer sous ses yeux, les remembrances défilaient, Anduin étouffait les hurlements de la femme sur son propre bâillon, bougeait les jambes comme un damné pour éviter un nouveau coup de rapière. La nausée déferlait, plus vive, plus féroce, mais il ne devait pas lui céder, devait garder l’esprit concentré. S’il régurgitait, la bouche encombrée du bâillon, il risquait de mourir étouffé par ses propres vomissures.

Le Souveneur s’exhortait au calme, à repousser les visions et les sensations de souffrance, ainsi qu’à localiser l’élément qui canalisait ces souvenirs. Que touchait-il ? Le mur de pierre froid qui lui engourdissait le dos, le sol qu’il frôlait du bout des bottes, et… la corde, bien entendu. Certainement la même que dans sa vision. Anduin isola l’énergie du focus, de cette manière un peu instinctive dont il influençait son don d’Immanance, percevant la fraîcheur des essences invisibles qu’il puisait de la peau des poignets et freinant leurs courses. La vivacité des images s’atténua, suffisamment pour que le Souveneur puisse se concentrer sur autre chose. Tenir à distance le flux de mémoire éveillait une souffrance qui lui déchirait le crâne, mais les dents serrées, Anduin l’ignora.

La température était basse. Un chandelier, sur un coffre plat, dégageait une faible bulle de lumière. La cire des bougies ne perlait qu’à peine, quelqu’un les avait récemment allumées et comptait vraisemblablement revenir d’ici peu. Le mercenaire avait besoin de davantage d’informations. Sa mémoire lui demeurait confuse, et chaque mouvement qu’il esquissait lui remontait un vif accès de souffrance. Il n’avait pas la moindre idée de comment il s’était retrouvé là, mais apparemment, on l’avait soigneusement passé à tabac.

Des barils de viande fumée, de larges sacs informes -bourrés de victuailles- et d’autres amoncèlements de tonneaux déployaient leurs ombres claires dans le petit cercle de lumière. Ça, plus la fraîcheur ambiante : on l’avait attaché dans le cellier. Mais pourquoi ? Des fragments de souvenirs lui montrèrent une filature, une ruelle obscure, puis une douleur retentissante, lui explosant l’arrière du crâne. Ah ! Le schéma classique, quoi. Grimaçant, Anduin se refusa à creuser plus loin, terrorisé à l’idée que ces remembrances puissent ne pas lui appartenir.

Un rectangle de lumière se découpa à la périphérie de son champ de vision, crachant une silhouette masculine dans le cellier avant de s’éteindre dans l’obscurité. Ainsi éclairé, Anduin ne distinguait pas son visage, bien qu’il le devinât…

La Geste de Veljaia

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